Série de webinaires PM4TheWorld : quand la gestion de projet rencontre la dignité humaine
- Olivier Lazar

- il y a 10 heures
- 6 min de lecture

Le webinaire PM4TheWorld de cette semaine nous a rappelé, à bien des égards, pourquoi cette plateforme existe.
Chez PM4TheWorld, nous parlons souvent du rôle que la gestion de projet peut jouer dans la progression de l’impact social, de la durabilité et de changements porteurs de sens. Nous abordons les cadres, les modèles, la gouvernance, les partenariats et l’exécution. Tout cela compte. Mais, de temps à autre, une conversation nous ramène à quelque chose de plus fondamental : derrière chaque projet, chaque système et chaque méthodologie, il y a des vies humaines.
C’était là le véritable cœur de cette session.
J’ai eu le privilège d’accueillir Lee Lambert pour un échange puissant et profondément humain sur son lien avec New Life for Orphans en Ouganda, ainsi que sur le rôle que peuvent jouer les professionnels de la gestion de projet lorsqu’ils choisissent de mettre leur discipline, leur énergie et leur compassion au service des autres.
Lee n’a guère besoin d’être présenté dans le monde de la gestion de projet. PMI Fellow, l’une des figures fondatrices du PMP(tm) et défenseur de toujours du pouvoir de la gestion de projet, il aide depuis des décennies les professionnels à comprendre comment une pensée structurée et une exécution disciplinée peuvent produire de meilleurs résultats. Pourtant, ce qui est ressorti avec le plus de force de cette conversation n’était pas seulement son héritage professionnel, mais sa conviction que la gestion de projet ne se limite ni aux programmes d’entreprise, ni aux cadres de réalisation, ni à la transformation organisationnelle. Elle est, au fond, une manière de créer de l’ordre, du progrès et des possibilités là où les personnes en ont le plus besoin.
Lee a raconté comment son lien avec l’Ouganda avait commencé presque par hasard, au cours de voyages en Afrique pendant lesquels il se posait une question simple : où sont les besoins, et où d’autres personnes peuvent-elles aider ? Cette recherche l’a conduit à New Life for Orphans, puis à Davis, directeur exécutif de l’organisation, qui a lui-même grandi dans l’orphelinat et le dirige aujourd’hui avec un dévouement extraordinaire. Ce qui avait commencé par une rencontre est devenu une amitié, puis un engagement à soutenir les enfants et l’organisation de manière concrète et durable.
Ce qui a rendu la conversation particulièrement significative, c’est qu’elle ne s’est jamais égarée dans un discours abstrait sur la charité. Elle est restée ancrée dans la réalité.
Les besoins sont immédiats et concrets : de la nourriture, des lits, les frais de scolarité, des infrastructures, des fenêtres, des gouttières, l’accès à l’eau et les dépenses quotidiennes nécessaires pour prendre soin d’enfants dont la vie reste marquée par l’incertitude. Pourtant, l’échange a clairement montré que le problème ne réside pas seulement dans l’existence de ces besoins, mais aussi dans la difficulté de planifier lorsque le soutien demeure irrégulier. Les élans ponctuels de générosité comptent, bien sûr, mais des dons imprévisibles compliquent l’exécution à long terme. C’est là que le langage de la gestion de projet devient étonnamment pertinent. La planification, l’ordonnancement, l’affectation des ressources, la priorisation et la pérennité supposent toutes un certain degré de prévisibilité. Sans cela, même le dirigeant le plus dévoué se trouve contraint d’improviser en permanence.
Ce point a été puissamment renforcé par Lacey Swartz, qui soutient Davis et New Life for Orphans depuis des années et a apporté un regard façonné par une relation de long terme, la diligence raisonnable et un engagement concret. Son témoignage a donné à la conversation à la fois crédibilité et profondeur. Elle a évoqué le processus attentif par lequel elle avait d’abord vérifié la légitimité de l’action, les années de soutien mensuel qui ont suivi et les progrès rendus possibles peu à peu, notamment la construction de bâtiments et, tout récemment, le financement d’un second réservoir d’eau. Surtout, elle nous a rappelé que ces enfants ne sont pas un « cas de charité ». Ce sont des êtres humains, avec leur dignité, leur valeur et leur potentiel. L’objectif n’est pas la dépendance, mais l’autonomie, et le soutien doit être conçu en ce sens.
Pour moi, c’était l’un des thèmes les plus importants de cette session.
Trop souvent, les conversations sur l’impact social se retrouvent prises entre deux extrêmes : les appels à l’émotion d’un côté et la conception technique des programmes de l’autre. Cette discussion a montré que les deux dimensions comptent, mais qu’aucune ne suffit à elle seule. La compassion sans structure peine à changer d’échelle. La structure sans humanité passe à côté de l’essentiel. Des organisations comme New Life for Orphans ont besoin d’un soutien qui respecte la dignité tout en permettant une meilleure planification, une mise en œuvre plus solide et un renforcement des capacités à plus long terme.
C’est ici que la gestion de projet peut devenir plus qu’une profession : un levier d’autonomisation.
Lee a défendu cette idée d’une manière à la fois simple et profonde. À ses yeux, tout est projet. Construire des installations est un projet. Améliorer les conditions de vie est un projet. Développer l’avenir des jeunes est un projet. Créer des passerelles vers des possibilités professionnelles est un projet. Lorsque ces projets sont bien gérés, davantage peut être accompli avec les mêmes ressources, en moins de temps et au bénéfice de toutes les personnes concernées. Il a également avancé une idée puissante pour le long terme : faire découvrir aux jeunes la gestion de projet, non seulement comme manière de penser, mais potentiellement comme voie professionnelle. Dans des contextes où les capacités locales en gestion de projet sont encore en développement, cela devient plus qu’une formation : l’occasion de façonner les moyens de subsistance et les responsables de demain.
Cette idée a trouvé un écho fort dans la discussion qui a suivi. Nous avons examiné le fait qu’aujourd’hui les donateurs attendent de plus en plus autre chose qu’un appel général. Ils veulent une clarté programmatique, des initiatives définies, des bénéfices attendus, des livrables concrets et des trajectoires visibles reliant le financement aux résultats. Cela ne diminue en rien la générosité ; cela signifie simplement que les bonnes intentions doivent désormais être traduites en projets cohérents. Dans ce contexte, le soutien continu à l’éducation et à l’alimentation est apparu comme l’un des domaines les plus clairs et les plus convaincants pour un engagement structuré des donateurs. Il ne s’agit pas de besoins ponctuels, mais d’engagements continus, qui peuvent être présentés comme tels.
Une autre partie importante de l’échange a porté sur la confiance, la transparence et l’infrastructure nécessaire pour soutenir les dons internationaux de manière responsable. Lacey a expliqué le travail accompli pour trouver une structure faîtière crédible, capable de recevoir les dons avec une comptabilité et une supervision appropriées, jusqu’à la mise en place d’un canal établi au Royaume-Uni par l’intermédiaire d’Afrinspire. Ce socle peut sembler administratif, mais il est essentiel. Dans l’action sociale, la confiance n’est pas une considération secondaire : elle fait partie du modèle de mise en œuvre lui-même.
L’échange a aussi ouvert la voie à quelque chose de plus large. Au fil de la conversation, des possibilités sont apparues pour relier cette action à des réseaux de gestion de projet, à des initiatives éducatives et, éventuellement, à d’autres organisations capables d’apporter davantage de structure, de visibilité et de soutien. Cela aussi correspond à la raison d’être de PM4TheWorld : pas seulement discuter, mais créer des liens ; pas seulement réfléchir, mais mobiliser.
Puis, à la fin, la discussion a laissé place à quelque chose qu’aucun cadre ne peut tout à fait saisir.
Davis a réactivé son micro. Les enfants derrière lui ont fait signe, se sont présentés, ont souri face à la caméra et nous ont tous rappelé qu’au-delà du langage de la stratégie, des projets, des donateurs et des systèmes, il s’agit en définitive de jeunes vies, d’avenirs réels et du travail discret mais extraordinaire de personnes qui continuent d’être présentes pour les autres. La session ne s’est pas achevée sur une théorie, mais sur de la gratitude, un chant et un sentiment d’humanité partagée qu’aucune présentation soignée n’aurait pu rendre plus fort.
Pour moi, c’était la véritable leçon du webinaire.
La gestion de projet est souvent associée à la précision, au contrôle, à la rigueur et aux résultats, et à juste titre. Mais l’une de ses plus nobles utilisations n’est peut-être pas seulement d’aider les organisations à mieux réaliser leurs projets ; elle consiste aussi à aider des communautés à tenir, à grandir et à imaginer quelque chose au-delà de la survie. Lorsque la discipline se met au service de la dignité, la gestion de projet devient plus qu’une méthode : elle devient un instrument d’espoir.
C’est ce type d’impact que PM4TheWorld souhaite continuer à présenter à cette communauté.
Pas l’impact comme slogan.
Pas l’impact comme outil de communication.
Mais l’impact comme réalité vécue, rendu possible lorsque des personnes choisissent de se soucier des autres, de s’organiser et d’agir.
C’est ainsi que les projets deviennent service.
C’est ainsi que le service devient transformation.
Et c’est ainsi que, peu à peu, nous contribuons à construire un monde meilleur.




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