Le zéro net comme stratégie : de l’engagement au portefeuille puis à l’avantage concurrentiel
- Olivier Lazar

- il y a 1 jour
- 3 min de lecture

Chez PM4TheWorld, nous examinons souvent comment la gestion de projet transforme l’ambition en action. Notre dernier webinaire l’a fait à travers l’une des transitions majeures auxquelles les entreprises font face : passer d’engagements de durabilité sur le papier à une exécution réelle, structurée et mesurable. Vous pouvez regarder l’enregistrement ici.
Lors de cette session, nous avons accueilli Kasia Grzybowska, vice-présidente adjointe de Nestlé et responsable régionale de la durabilité pour l’Asie, l’Océanie et l’Afrique. Elle a expliqué ce que signifie réellement le zéro net dans une entreprise mondiale. Son message était clair : ce n’est ni une promesse de communication ni une initiative unique, mais un portefeuille à long terme de choix, programmes et projets à gouverner, mesurer et réaliser. La feuille de route de Nestlé couvre 30 ans, avec des jalons intermédiaires.
Kasia n’a pas présenté la durabilité uniquement comme une question de conformité ou de réduction des risques. Dans un monde transformé par l’automatisation, l’IA et de nouveaux modèles économiques, les améliorations progressives ne suffisent plus. Les entreprises doivent gérer les risques tout en repensant des produits, portefeuilles et modèles durables dès leur conception, capables de créer un avantage concurrentiel durable. Cette tension a été au cœur de l’échange.
L’ampleur du défi apparaît lorsque l’on situe les émissions. Chez Nestlé, la majorité se trouve hors du contrôle opérationnel direct, notamment dans l’approvisionnement en ingrédients, qui représente plus de 70 % de l’empreinte carbone. Les interventions les plus importantes ont donc souvent lieu en amont, dans les champs, les exploitations et les chaînes locales, par la collaboration plutôt que par le commandement.
Le webinaire s’est ainsi attardé sur l’agriculture régénératrice et la transition juste. Pour Nestlé, il ne s’agit pas seulement de réduire les émissions, mais de bâtir un système alimentaire résilient et régénérateur qui soutienne les revenus agricoles, la sécurité de l’approvisionnement, la flexibilité locale et la biodiversité. La transition doit inclure les petits exploitants et avancer avec ambition et équité. Elle est technique, mais aussi humaine et économique.
Les exemples ont rendu cette idée concrète. À Dubaï, l’usine Al Maha de Nestlé utilise la plus grande centrale solaire privée au sol des Émirats : 20 000 panneaux produisent 7,2 GWh par an. En Inde, Nestlé travaille avec environ 90 000 petits producteurs laitiers et installe des biodigesteurs qui réduisent le méthane tout en apportant des bénéfices aux foyers. Ces projets agissent à la fois sur le climat et les moyens de subsistance.
Le progrès est possible lorsque l’ambition s’accompagne de discipline. Kasia a présenté des chiffres 2025 : une réduction nette de 24,52 % des émissions par rapport à 2018, 27,6 % des ingrédients clés issus d’agriculteurs adoptant des pratiques régénératrices, 96,7 % des ingrédients évalués comme exempts de déforestation, 98,6 % d’électricité renouvelable sur les sites de production Nestlé, et une réduction de 28 % du plastique vierge par rapport à 2018. Ces résultats montrent ce qu’un portefeuille géré avec des jalons mesurables peut accomplir.
Pour PM4TheWorld, la question centrale était la conséquence pour la gestion de projet et de portefeuille. Le zéro net exige des professionnels des projets, mais dans un univers d’horizons longs, de portefeuilles transverses, de responsabilité partagée, d’indicateurs non financiers et d’actions hors contrôle direct. Agriculture, ingénierie, achats, maîtrise des données et discipline projet doivent œuvrer ensemble ; les PMO et la gouvernance doivent aussi évoluer.
Interrogée sur la gouvernance sans bureaucratie, Kasia a répondu qu’elle devait rester légère. Il ne s’agit pas de gérer chaque action dans le détail, mais d’apporter transparence, structure et cohérence pour connaître l’état, les risques et les besoins. Son approche « légère » gère par exception : objectifs, calendrier, budget et mesures clairement définis, puis liberté donnée aux experts jusqu’à ce qu’un soutien soit nécessaire. La bonne gouvernance facilite l’exécution.
Kasia a aussi souligné le rôle des données et des systèmes numériques. Nestlé a mis en place une gouvernance aux niveaux du conseil, de la direction et des experts, ainsi qu’un écosystème pour suivre émissions, ESG, approvisionnements, emballages et trajectoires. L’IA et l’automatisation traitent de grands volumes de données. L’empreinte carbone de l’IA elle-même est aussi prise en compte : les outils de transition appartiennent au bilan global.
La session s’est achevée sur un défi : quel projet de votre portefeuille pourrait passer de « moins nuire » à un impact réellement positif s’il était géré autrement ? C’est une invitation à considérer la gestion de projet non comme une administration neutre, mais comme une discipline qui façonne l’avenir. Si la durabilité redessine les systèmes, construit la résilience et améliore les choix de long terme, les responsables projets et portefeuilles ne se contentent pas d’exécuter le changement : ils contribuent à le concevoir.
Ce webinaire nous a rappelé que la durabilité n’est plus un sujet annexe, mais devient un modèle opérationnel stratégique. Ceux qui savent traduire une vision en exécution structurée joueront un rôle essentiel.
Merci encore à Kasia Grzybowska pour cette conversation réfléchie, rigoureuse et profondément pertinente.




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